Réveils nocturnes entre 6 et 12 mois (partie 2) : Combien de fois un bébé se réveille-t-il la nuit en moyenne ?

Avec sept à douze réveils par nuit, ma fille était loin, loin au-dessus de la moyenne pour un bébé de six mois. Il y a des différences entre les pays, mais tout de même. Dans une grande enquête portant au total sur 29287 enfants âgés de 0 à 36 mois, Jodi Mindell et ses collaborateurs ont trouvé que les bébés de 6 à 8 mois se réveillaient en moyenne 1.26 fois par nuit dans les pays “à prédominance caucasienne” (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Etats-Unis), et 2.12 fois par nuit dans les pays à “prédominance asiatique” (Chine, Hong Kong, Indie, Indonésie, Corée, Japon, Malaisie, Philippines, Singapour, Taïwan, Thaïlande, Vietnam) (Mindell et al. 2010).

Une autre enquête, menée au Royaume-Uni sur 715 bébés de 6 à 12 mois, a fourni des résultats similaires. Le nombre moyen de réveils nocturnes était de 2.06±1.72 par nuit dans le sous-groupe des 6 mois (120 bébés), et de 1.76±1.55 dans l’échantillon complet (Brown et Harries, 2015). Toujours dans l’ensemble de l’échantillon, moins de 1% des bébés se réveillaient sept fois ou plus par nuit. Les auteurs ont aussi considéré le nombre de tétées ou biberons nocturnes, qui s’avère être en moyenne de 1.80±1.79 à 6 mois, contre 0.60±0.97 à 12 mois. Quatre-vingt pourcents de l’échantillon avaient au plus 2 tétées ou biberons par nuit.

Graphique montrant le pourcentage de bébés se réveillant 0, 1, 2 ... 7 fois par nuitGraphique montrant le pourcentage de bébés ayant 0, 1, 2, ... 7 tétées ou biberons nocturnes

Le risque de mal dormir est 2.6 fois plus élevé chez les bébés qui sont nourris en réponse à un réveil nocturne, et 1.7 fois plus élevé chez ceux qui sont bercés ou amenés dans le lit des parents, comparé à ceux qui sont réconfortés dans leurs lits

Evelyne Touchette, de l’Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal (Canada), et ses collaborateurs, ont étudié les facteurs statistiquement associés à un sommeil nocturne fragmenté, sur un échantillon représentatif de 1741 bébés québécois. Dans cette étude longitudinale, les mêmes enfants étaient suivis aux âges de 5, 17 et 29 mois. A 5 mois, 23.5% des bébés dormaient moins de 6 heures consécutives (Touchette et al., 2005). A cet âge, des facteurs comme l’allaitement ou le cododo (défini ici très largement comme le fait de ne pas être seul dans la chambre) étaient significativement associés au sommeil fragmenté. Cependant, deux autres facteurs y étaient encore plus fortement associés, tous deux étant liés au comportement des parents en cas de réveil nocturne : le risque de sommeil fragmenté était 2.6 fois plus élevé chez les bébés qui étaient nourris en réponse à un réveil nocturne, et 1.7 fois plus élevé chez ceux qui étaient bercés ou amenés dans le lit des parents, comparé à ceux qui étaient réconfortés dans leurs lits (Touchette et al., 2005).

Cette association avec les comportements parentaux était encore plus forte à 17 mois. A cet âge, 7.2% des bébés dormaient moins de 6 heures consécutives, et les trois facteurs les plus fortement associés à ce sommeil fragmenté étaient:

  1. le fait d’attendre que l’enfant soit endormi pour le mettre au lit, ou de rester avec lui jusqu’à ce qu’il s’endorme (risque de sommeil fragmenté 4.6 plus grand que quand les parents laissent l’enfant s’endormir seul) ;
  2. le fait de nourrir l’enfant après un réveil nocturne (risque 3.8 fois plus grand que quand les parents laissent l’enfant pleurer ou le/la réconforte dans son lit) ;
  3. le fait de bercer l’enfant ou de l’amener dans le lit des parents après un réveil nocturne (risque 2.3 fois plus grand que quand les parents laissent l’enfant pleurer ou le/la réconforte dans son lit).

D’autres chercheurs ont même trouvé des corrélations significatives entre les opinions de futures mamans sur le sommeil des bébés, et la qualité du sommeil de leurs bébés plusieurs mois plus tard. Liat Tikotzky et Avi Sadeh, de l’Université de Tel Aviv (Israël), ont interrogé 85 femmes enceintes sur la façon dont il faut répondre aux réveils nocturnes d’un bébé, en utilisant un questionnaire avec des cas hypothétiques comme celui ci-dessous.

Tom est un petit garçon de 9 mois. Quand il veut quelque chose ou qu'il ne se sent pas à l'aise, il pleure et hurle. Il se calme généralement rapidement quand il obtient ce qu'il voulait. La nuit, Tom se réveille souvent et a de la difficulté à s'endormir. Que pensez-vous des affirmations suivantes ? (1=Je ne suis pas du tout d'accord, 2=Je ne suis pas d'accord, 3=Je ne suis pas vraiment d'accord, 4=Je suis un peu d'accord, 5=Je suis d'accord, 6=Je suis tout à fait d'accord)
C'est mieux de ne pas réagir à chaque fois que Tom se réveille, pour qu'il puisse apprendre à se calmer et s'endormir.123456
Il y a des enfants qui se réveillent la nuit et il est difficile de changer ce comportement.123456
Il faut aller voir Tom quand il se réveille, pour qu'il sache qu'il y a toujours quelqu'un pour le réconforter.123456

Quelques mois plus tard, une fois les enfants nés, la qualité de leur sommeil a été mesurée d’une part par actigraphie (avec un bracelet attaché à la cheville du bébé pendant la période d’enregistrement) et d’autre part via des journaux de bord tenus par les parents. Ces mesures ont été effectuées aux âges de 6 et 12 mois. Les résultats montrent que l’inquiétude vis-à-vis d’une détresse du bébé la nuit était associée à un sommeil du bébé plus perturbé, tandis que l’importance de limiter l’implication des parents était associée à un sommeil infantile plus consolidé (Tikotzky et Sadeh, 2009). Les mères qui soulignaient le désarroi des bébés la nuit étaient davantage susceptibles d’aider activement leurs enfants à se rendormir, en les nourrissant ou les berçant en dehors leurs lits (plutôt que d’utiliser une présence parentale passive ou un bref réconfort en laissant le bébé dans son lit). Cette implication active était à son tour associée à un nombre plus élevé de réveils nocturnes, comme dans les autres études précédemment citées.

Si des opinions formées avant même la naissance de l’enfant peuvent prédire la qualité de son sommeil, alors cela suggère que le tempérament de l’enfant ne serait pas la principale cause d’un sommeil perturbé. Modifier la réponse parentale aux réveils nocturnes pourrait donc peut-être permettre de réduire le nombre de réveils. Plusieurs équipes de recherche ont testé cette hypothèse, avec différents types d’interventions et sur différentes classes d’âge. Dans la partie 3 de cet article, je présente les études portant sur les bébés âgés de 6 à 12 mois.

References

Mindell, J. A., Sadeh, A., Wiegand, B., How, T. H., & Goh, D. Y. (2010). Cross-cultural differences in infant and toddler sleep. Sleep medicine, 11(3), 274-280.

Brown, A., & Harries, V. (2015). Infant sleep and night feeding patterns during later infancy: Association with breastfeeding frequency, daytime complementary food intake, and infant weight. Breastfeeding Medicine, 10(5), 246-252.

Tikotzky, L., & Sadeh, A. (2009). Maternal sleep‐related cognitions and infant sleep: A longitudinal study from pregnancy through the 1st Year. Child development, 80(3), 860-874.

Touchette, É., Petit, D., Paquet, J., Boivin, M., Japel, C., Tremblay, R. E., & Montplaisir, J. Y. (2005). Factors associated with fragmented sleep at night across early childhood. Archives of pediatrics & adolescent medicine, 159(3), 242-249.

Carole Knibbe est la fondatrice de Familimage.com. Elle a une fille de 5 ans et un garçon d'un an et demi, ainsi qu'une belle-fille de 11 ans. Elle est maître de conférences en biologie computationnelle à l'Université Lyon 1 (France). Probablement par déformation professionnelle, elle aime chercher des preuves expérimentales soutenant (ou non !) les pratiques éducatives.

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